Quand l’art devient un outil de sensibilisation à la pollution

Les plages de la planète partagent de nombreuses caractéristiques: sable, eau, baigneurs en maillot de bain éco-responsable, brise marine, mais aussi déchets plastiques. Au Floyd Bennett Field à Brooklyn, New York, la zone côtière où l'artiste Barry Rosenthal fait parler son savoir-faire, les déchets s'accumulent rapidement et en couches, comme sur un site archéologique.

 

La pollution marine gagne du terrain

L'une des plus grandes menaces pour nos océans est la pollution d'origine humaine. Les plastiques et autres déchets résidentiels jetés, les rejets de pesticides et de produits chimiques industriels finissent par se retrouver dans la mer avec des conséquences dévastatrices pour la vie marine et les habitats dont elle dépend. Les accidents de navigation et les déversements d'hydrocarbures ajoutent des toxines supplémentaires au mélange.

 

On estime qu’environ 80% de la pollution marine provient de la terre. Les polluants terrestres - tels que les eaux de ruissellement agricoles et les nutriments provenant des eaux usées - contribuent aux « zones mortes » des océans - des zones qui ne peuvent plus maintenir la vie parce qu'elles ont une teneur en oxygène faible ou nulle. Il existe aujourd'hui quelque 500 de ces zones mortes dans le monde.

 

En outre, l’urbanisation rapide le long des côtes du monde a vu la croissance des «mégapoles» côtières (villes de 10 millions d’habitants ou plus). En 2012, 13 des 20 mégapoles du monde étaient situées le long des côtes. Dans ces régions, la mise en œuvre d'initiatives efficaces de réduction des déchets, de recyclage, d’actions éco-responsables (comme le choix de maillot de bain éthique), et de gestion efficace des déchets et des eaux usées est essentielle pour améliorer la santé de nos océans.

 

Des déchets recyclés en œuvres d’art 

Nul doute que les plastiques seront les artefacts de notre époque, en particulier dans les océans, où le matériau envahit les écosystèmes et flotte à travers le monde. Plus de cinq mille milliards de morceaux de plastique remplissent déjà les mers, avec quelque neuf millions de tonnes ajoutées chaque année.

L'artiste Barry Rosenthal construit ces œuvres avec ces déchets pour illustrer l'étendue de la pollution marine. Il garde les ordures dans son studio pendant des mois, parfois des années, jusqu'à ce qu'un florilège de couleurs émerge. Ces objets ont peu en commun au-delà de leurs nuances de blanc et de leur lente dégradation par les vagues de l'océan, la lumière du soleil, le sable et le sel. Rosenthal a par exemple créé un portrait angulaire à partir de stylos, crayons et marqueurs. Il trouve ces objets éparpillés par centaines sur une plage de New York, beaucoup d'entre eux ne sont plus utilisables. 

Rosenthal a observé comment les bouteilles, les jouets et les emballages alimentaires s'usent et ne disparaissent jamais. Il a commencé à construire et à photographier des sculptures de déchets océaniques pour illustrer le problème de la pollution marine. Finalement, il s’est mis à rassembler les détritus pour s’en servir comme matériel d'art, nettoyant encore et encore une petite partie de la côte. "J'ai commencé à collecter autant que possible et à retourner dans mon studio pour faire le tri", dit-il. Chaque sculpture de Rosenthal a un thème, par couleur, forme ou utilisation prévue. 

Les fabricants conçoivent des produits tels que des ustensiles en plastique et des tasses à emporter à utiliser une seule fois. Mais ces articles ne disparaissent pas après qu’on s’en soit débarrassé. Les scientifiques pensent même que certains déchets plastiques durent éternellement. Le projet artistique de Rosenthal a ainsi acquis un deuxième objectif : la sensibilisation sociale et environnementale. L’artiste voyage désormais pour parler de la pollution des océans et de ce qui pourrait aider à la stopper. Le progrès le plus significatif, dit-il, serait de repenser notre méthode de consommation, comme par exemple acheter des maillots de bain durable !